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Rapport sur l’innovation, un enjeu majeur pour la France

Avant Propos de Jean-Luc Beylat et Pierre Tambourin

Alors que l’an 2000 avait longtemps sollicité les imaginaires, le XXIe siècle a d’abord semblé s’inscrire dans la continuité du bouillonnant XXe siècle, consolidant les industries et les pays en place, sans apporter apparemment de ruptures majeures. En un peu plus de dix ans, cette perception initiale s’est révélée fausse, face à un véritable bouleversement mondial : à des titres divers, le développement économique accéléré des pays dits émergents, leur présence de plus en plus prégnante dans le champ de l’innovation, les nouveaux enjeux sur la rareté des ressources, la concentration des investissements dans les mégapoles, la démocratisation de l’accès au savoir et aux données via le réseau internet, la globalisation ascendante des initiatives ou encore la vélocité des technologies sont, entre autres, autant de faits majeurs d’un monde qui se réinvente plus vite que l’on ne peut le penser, plus vite même que l’on ne peut le structurer. Face à cette accélération et à cette complexification des enjeux, les politiques publiques paraissent parfois démunies, souvent désordonnées.

Le monde se réinvente, et au coeur de cette transformation, soutenir l’innovation devient un enjeu crucial pour les États. L’innovation, cette faculté à porter le nouveau, à changer les paradigmes technologiques, mais aussi organisationnels, économiques, parfois sociétaux, structure les économies, les sociétés, les futurs.

Comme l’a décrit Louis Gallois dans son rapport de novembre 2012 « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française », la compétitivité de l’industrie française régresse depuis 10 ans, et entraîne ainsi une perte de compétitivité globale de l’économie française. Si les constats sont inquiétants (« la cote d’alerte est atteinte »), la capacité de la France à saisir les opportunités des nouveaux enjeux de l’innovation est là : l’effort de la recherche française est significatif, les écosystèmes de l’innovation au premier rang desquels les pôles de compétitivité ont montré leur capacité à fédérer les acteurs de l’innovation, les instituts Carnot ont été lancés, et enfin, le programme des investissements d’avenir doit donner les moyens d’un sursaut. Les succès de jeunes entreprises innovantes françaises, souvent mal connus, dans le numérique, la vidéo, le design, l’énergie, l’ingénierie, ou encore les biotechnologies, sont des signes très encourageants du potentiel de la France.

De nombreuses initiatives, souvent pertinentes, ont été prises pour favoriser le développement de l’innovation, en particulier à partir de la recherche publique. Elles l’ont souvent été en regard d’un système de valorisation de la recherche, jugé trop faible, et finalement peu tourné vers la création d’entreprises à forte croissance, en capacité de créer des emplois. Il en a résulté une accumulation et une diversité de dispositifs, de structures, tant au niveau national que régional ou local, peu lisibles, dont l’efficacité globale, économique, industrielle et sociale (en terme de création d’emplois), reste à démontrer.

C’est donc bien d’une politique d’ensemble cohérente et s’inscrivant dans la durée que la France a besoin pour soutenir et encourager l’innovation.

Mais il n’y a pas de modèle unique de l’innovation. Il est en effet vain de penser que l’on puisse exporter le modèle d’écosystème de Boston, celui de la Silicon Valley, de Shanghai, ou de Jérusalem dans telle ou telle région française. En revanche, des invariants existent dans tous ces exemples : l’excellence de la recherche, un décloisonnement entre acteurs publics et privés, une culture de l’entrepreneuriat, une diversité culturelle, une capacité à attirer des talents au niveau international, une politique migratoire orientée, une association réussie entre jeunes entreprises, grands groupes, recherche publique, enseignement supérieur et investisseurs.

Une politique publique de l’innovation doit fortement favoriser l’esprit d’entreprise, la création de valeurs, permettre une grande diversité des cultures et des savoirs, attirer les meilleurs étudiants, les jeunes chercheurs, les entrepreneurs, rendre efficace le transfert des résultats de la recherche. Elle doit être en plus une politique résolument tournée vers les jeunes diplômés (universités, grandes écoles). Elle doit ainsi affirmer une vision d’ensemble de son action en fonction des résultats, et positionner l’investissement public là où il contribue le mieux à la croissance et à la dynamisation de l’économie. Une politique publique de l’innovation doit enfin accompagner la croissance des entreprises innovantes en l’adossant au financement privé ou par la commande publique, faciliter et récompenser la création de valeur économique et d’emplois.

Certains diront que l’innovation est d’abord la démarche d’hommes et de femmes qui rencontrent une ambition, un objectif, que seule leur énergie est la clé du succès. C’est en grande partie vrai, mais la rapidité avec laquelle le monde change en ce début de siècle montre aussi que ce sont des politiques d’État, des volontés politiques fortes et pérennes, comme aux USA, en Chine, en Europe du Nord, en Israël, qui favorisent l’émergence de nouveaux acteurs industriels, de nouveaux marchés, une croissance économique et, in fine, des emplois.

Trois ministres (la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le Ministre du Redressement productif et la Ministre déléguée aux PME, à l’Innovation et à l’Économie numérique) nous ont missionnés pour proposer un ensemble de recommandations sur les enjeux du transfert et de l’innovation en France. Pour cela une commission de 25 acteurs et experts de l’innovation au sein de structures publiques et privées, innovateurs, entrepreneurs, présidents de pôles de compétitivité, capital-risqueurs, dirigeants d’OSEO et de CDC Entreprises, a été constituée. Ils ont nourri de leur expérience le contenu de ces recommandations. Dans le même temps, des contributions ont été demandées aux régions car l’innovation est ancrée dans les territoires. C’est le fruit de ce travail collectif qui est présenté dans ce document.

Au cours de ce travail, nous avons pris le parti de placer l’accent plus particulièrement sur deux aspects :

  • l’absolue nécessité d’une stratégie nationale élaborée et revisitée régulièrement au plus haut niveau de l’État ;
  • la création et la croissance des entreprises innovantes qui demeurent un maillon fragile de notre système d’innovation.

Il va de soi que les autres facettes du transfert des résultats de la R&D vers le monde socioéconomique, en particulier la recherche partenariale, la recherche technologique et les diverses structures impliquées dans ces activités, doivent être maintenues, voire renforcées au regard d’une stratégie nationale de l’innovation et après une évaluation systématique.

Comme l’enseignement, la justice ou la culture, l’innovation devient désormais une des très grandes missions de l’État. L’État doit mettre en oeuvre tous les moyens pour que se développe cette culture de l’innovation au sein des territoires et des régions. C’est un enjeu majeur pour la France d’aujourd’hui, mais c’est surtout un devoir au regard de la France de demain.

Consulter le rapport « L’innovation, un enjeu majeur pour la France : Dynamiser la croissance des entreprises innovantes »

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